Latitude Marionnette réunit annuellement les équipes chargées de l’action culturelle des différentes structures adhérentes afin d’échanger, de confronter et d’élaborer une méthodologie et une évaluation de leurs pratiques professionnelles.

Compte-rendu des deux premières réunions.

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Groupe de travail Action culturelle Journée de rencontre du mercredi 25 mai 2014 

Le Mouffetard Théâtre des Arts de la Marionnette Paris

 

Présents à cette réunion

– Le Mouffetard, Paris : Hélène Crampon, Morgan Dussart, Julie Dominguez

– Centre Athéna, Auray : Guylaine Le Meut

– Marionnettissimo, Tournefeuille : Capucine Hurel

– Théâtre Jean Arp, Clamart : Séverine Bouisset

– L’Hectare, Vendôme : Edouard Clément, Thomas Fox

– Le Théâtre, Laval : Myriam Février

– Le CRéAM, Dives sur Mer : Ysaline Bouët

– Le Fracas, CDN Montluçon : Hélène Langard

– Le Passage, Fécamp : Hélène Emery

– Théâtre Gérard Philipe, Frouard : Cécile Lebert

– Le Carré, Château-Gontier : Emilie Lebarbé

 

Groupe animé par Sophie Descamps, Hélène Crampon et Patrick Boutigny

Remerciement au Théâtre Mouffetard pour son accueil

 

En guise de préambule

Un premier travail de la commission a été entrepris par un repérage d’actions culturelles qui devrait aboutir à une brochure dont l’objectif est de faire connaître le savoir faire des lieux ou structures culturelles de Latitude Marionnette dans ce domaine.

 

D’autres expériences autour de la marionnette viendront compléter ce travail.

Dans ce document, nous ne trouverons pas des recettes mais simplement des exemples de laboratoires dans lesquels, on commence par penser ensemble un projet, à le questionner, à émettre des hypothèses à les confirmer ou à les rejeter, enfin à évaluer le résultat collectivement.

Ces expériences reposent sur les critères suivants :

– Tous ces laboratoires ont bénéficié d’une médiation indispensable entre l’artiste et un public, médiation fournie par la structure d’accueil qui trouve et met en place les conditions nécessaires à la mise en œuvre du projet : du temps, des espaces, du matériel, des moyens.

– Ils sont dans tous les cas ou presque établis sur la base d’un partenariat avec des intervenants professionnels engagés dans le monde de la création.

-Toute la matière qui ressort de ces laboratoires, sous forme de vidéos, de présentations publics, de photos, de construction de marionnette doit être pris comme un geste artistique, comme une expérience esthétique, certes non abouti mais qui relève du sens et du sensible.

– Ils reposent sur le socle d’un triptyque : une pratique personnelle ou collective, un rapport aux œuvres, une réflexion sur ce que l’on a vu et ce que l’on a fait.

 

Ce que relatent ces différentes expériences c’est aussi des manières de faire, d’imaginer et de mettre en place une approche différente de la relation aux publics.

Et ce, dans le respect de la place de chacun. Le travailleur social reste le travailleur social, l’enseignant reste l’enseignant, l’artiste reste l’artiste, sans jamais déplacer le rôle et la place spécifique de chacun.

Et tous sont liés par un projet.

Et la marionnette apporte encore plus d’espaces sur ces trois pieds du triptyque dans le cadre de la fabrication, de la distanciation, de sa place dans la mémoire collective.

L’intention première est de toujours mettre l’acte de créer au centre de la rencontre humaine qui va déclencher l’envie de voir, l’envie de faire, l’envie de débattre.

Un des problèmes de l’action culturelle est qu’elle est toujours considérée comme une mission importante, voire même une priorité, néanmoins les structures n’ont pas forcément les moyens (surtout financiers) attendus pour leur mise en place.

 D’où une première série de constatations que révèlent des dispositifs régionaux ou nationaux pour l’action culturelle :

 

Cinq exemples :

– Premier exemple :

S’il y a un poste sur l’action culturelle, Marionnettissimo n’a pas de financement pour mener à bien des projets. D’où la nécessité de s’appuyer sur des appels à projet.

Toulouse met en place un dispositif « Tandem » dont l’objectif est de réconcilier culture et animation culturelle. En l’occurrence, une structure culturelle (Marionnettissimo) et une structure socio-culturelle (MJC) ont déposé un dossier pour une sensibilisation d’un groupe d’adolescents sur la marionnette.

C’est une action qui s’est déroulée sur une année, avec à la fois une sensibilisation aux arts de la marionnette par le visionnement de spectacles pendant le festival, mais aussi sur d’autres festivals (en Espagne), par des rencontres avec des artistes et par un atelier animé par 3 artistes (marionnettiste, vidéaste, plasticienne)

La réalisation et la présentation d’un film de 5 minutes autour de la ville « Panique dans la ville » (manipulation de marionnettes sur table, puis marionnettes filmées) ont permis d’évaluer positivement ce projet de 70 heures d’atelier avec un budget de 15 000€ qui permet de rémunérer correctement les artistes intervenants.

Dans le type de projet, le rôle du chargé de l’action culturelle est de monter le dossier, recruter les jeunes, choisir les intervenants, suivre le déroulement, faire les plannings, maintenir les liens, gérer les conflits au cas où…

 

– Deuxième exemple

A partir d’un dispositif initié par la DRAC : Territoires ruraux, territoires culturels, le CRéAM en Basse Normandie qui est un lieu de résidences avec un festival au mois de juillet, Récidives propose un projet axé sur la mémoire de la ville avec la compagnie Sans Soucis qui devient compagnie associée à la structure.

C’est un projet qui s’appuie également sur un partenariat à Dives sur Mer : médiathèque, association des commerçants, centre de loisirs. Une collecte de témoignages va engranger, durant les mois à venir, de la matière pour un écrivain. Une collecte de témoignages va s’engranger dans les mois à venir qui va servir de matière à écriture pour un écrivain. Une plasticienne travaillera avec les habitants sur des castelet-têtes qui seront présentés pour le 30ème anniversaire du festival en 2015.

Avec une aide de la région sur un dispositif Arts plastiques, le budget financé par la DRAC est autour de 18 000€

 

-Troisième exemple

A Fécamp, le Passage s’appuie sur un dispositif national : le CLEAC ou CLEA dans d’autres régions – Contrat local éducatif artistique et culturel avec un financement collectivités, DRAC, Rectorat – même si la structure n’est pas maître d’œuvre du projet, la coordination étant assurée par la ville, ce qui n’est pas simple.

Le projet est très lourd en nombre d’heures : 200h sur 10 écoles et un collège et trois structures type IME, foyer d’insertion.

Le théâtre propose des artistes pour mener à bien ce contrat et coordonne l’ensemble même si la ville reste maître d’œuvre.

De fait, se confirme, en d’autres lieux comme à Paris, que ces contrats sont de « véritables usines à gaz à monter et à gérer ».

 

– Quatrième exemple

Le Théâtre de Laval en partenariat avec la Ligue de l’enseignement de la Mayenne/FAL53 et la ville de Laval a répondu à un appel à projet du ministère. « Quartier en scène » est un projet d’éducation artistique et culturelle qui propose pendant 3 ans des résidences d’artistes dans un quartier dit sensible de la ville autour de la pratique de la marionnette, de spectacles et de rencontres en prenant en compte les différents temps de l’enfant ce qui amène à travailler hors temps scolaire avec de nombreux partenaires (centre de loisirs, conservatoire, Epad, maison de quartier etc…) ce qui n’est pas forcément facile.

170 enfants sont concernés par le projet du CE2 à la 6ème.

Cette saison 2013-2014, Les Frères Pablof ont fait une semaine de résidence de création avec 15h d’ateliers de pratiques artistiques. Le spectacle La cour des Grands a été créé à Laval et a été vu par les enfants et les parents.

Une compagnie angevine, Le Lario a succédé aux Frères Pablof sur une résidence de 5 semaines au sein du quartier. Une présentation des travaux a été présentée lors d’une après-midi organisée avec les acteurs du quartier (associations, maisons de quartier, établissements scolaires.

La prochaine étape se fera avec 3 compagnies dont une de marionnettes/théâtre d’objets qui sont installées dans le quartier.

 

– Cinquième exemple

« Aux Arts, lycéens » est un dispositif de la région Centre qui profite à l’Hectare (prise en charge de 80% d’une action à hauteur de 3500 €)

Il est possible de déposer 3 dossiers différents dans différents lycées (professionnels et agricoles également). Il permet de financer « les plateaux partagés lycéens  » : réunion de 4 projets où les lycéens travaillent pendant 2 jours avec les artistes.

 

Une deuxième série de constatations porte sur la place de l’artiste dans l’action culturelle en particulier sur les temps de résidences.

Les critères de faisabilité tournent autour de la redéfinition même de la résidence : résidence de création ou résidence d’action culturelle, questions de temporalités.

 

– A Frouard, une résidence d’une compagnie de marionnette – la SOUPE – pendant 3 ans permet d’imaginer un rapport important au territoire et à la population. Ces résidences sont un dispositif particulier du conseil régional de Lorraine et sont présentées à la fois par une compagnie et une structure. C’est d’abord une résidence de recherche et d’expérimentation sans obligation de résultat. L’expérience a repris de plus belle avec la Compagnie La Mâchoire 36, qui après avoir travaillé un an avec toutes les classes d’une école de primaire, s’apprête à réitérer et à travailler avec un établissement de santé du territoire.

– Le Mouffetard peut accueillir un artiste en résidence dont la logique est justement d’aller travailler dans des établissements scolaires pour recueillir des matériaux nécessaires à son travail artistique.

Le Mouffetard accueille aussi des artistes en résidence dont l’objectif est l’action culturelle.

Cette journée permet au groupe de voir les travaux de deux de ces résidences exposés au théâtre du 23 mai au 3 juin (cependant la présence d’élèves sur le plateau rend la visite un peu compliquée …)

On peut découvrir sur le plateau les objets marionnettiques imaginés par les élèves des lycées professionnels parisiens Corvisart-Tolbiac et Léonard de Vinci en lien avec le futur spectacle d’Yngvild Aspeli « Cendres » (résidence DRAC  « Before I burn). On peut également se faire une idée de la résidence « O Yuki » du nom du prochain spectacle d’Audrey Bonnefoy (résidence non labellisée) menée au lycée la Source de Nogent sur Marne (réalisation de kimonos marionnettiques et de maquettes de scénographie accompagnés des planches de recherche des élèves).

Un autre exemple de résidence est consigné également dans les premières fiches préparées pour cette rencontre : celle de la compagnie Omproduck qui a duré 3 ans au collège Françoise Dolto à Paris (résidence l’art pour grandir Ville de Paris).

Parmi ces fiches figurent également deux autres projets mis en place par le Mouffetard ou plutôt par le Théâtre de la Marionnette à Paris : une expérience « Figure libre » visant à rapprocher le monde de la culture du champ social (avec des services sociaux départementaux) en Seine Saint Denis (à Tremblay en France avec la compagnie CréatureS, puis à Rosny sous Bois avec Les Anges au Plafond (Se référer aux fiches respectives).

– Au Passage à Fécamp, les compagnies en résidence sont présentes sur un temps court et sont sur un temps de création. La seule obligation est de présenter une étape de travail à l’équipe du théâtre qui va les accueillir sur la saison.

– Au Fracas, trois laboratoires sont mis en place comprenant un temps de résidence avec une présentation d’une étape de travail devant des stagiaires, qui à l’issue de cette présentation, auront deux jours d’ateliers avec les artistes. Ce travail se fait en partenariat avec le Service Universitaire de Clermont (SUC) qui mobilise étudiants et enseignants.

Ces stages sont en lien avec le champ artistique de l’artiste et le laboratoire.

Ce dispositif est formalisé en amont avec les artistes ce qui ne pose pas de problème car chacun sait ce qu’il doit faire.

– Le Carré de Château-Gontier dispose d’une compagnie en résidence permanente « Label Brut »

Autour de la thématique des monstres, des artistes de la compagnie ont sollicité la structure pour collecter des matériaux dans les classes. Le Carré a profité de cette demande pour mettre en place un véritable dispositif d’action culturelle sur une année avec 8 classes et plus particulièrement avec une classe en milieu rural qui a permis de monter des ateliers de manipulation tout en étant en résidence de création dans l’école. De fait, l’artiste avait du temps pour travailler lorsque les enfants étaient en classe et ces derniers pouvaient se glisser dans les coulisses de la création permettant également aux artistes de tester leur travail artistique. Une véritable complicité s’est construite sur ce projet entre les artistes et l’école dans son ensemble.

 

A partir du triptyque sur lequel doit s’appuyer l’action culturelle, une part importante est aussi donnée à la formation du public qui passe par des ateliers du regard, des stages, en direction de bénévoles pour les structures (en particulier sur les festivals) et sur des publics relais ou des passionnés de théâtre de marionnette. L’idée est de travailler sur le regard critique. Cela passe par des dispositifs forts comme à Auray ou à Château Gontier.

 

– A Auray, sur le festival Méliscènes : analyse chorale avec Jean-Pierre Loriol (ancien délégué national de l’ANRAT) autour de Pygmalion de Renaud Herbin.

L’objectif est d’aller au-delà de la seule réception subjective d’un spectacle. Il s’agit d’apprendre ensemble à lire les signes et les éléments concrets d’une création, d’en faire l’analyse et ainsi de mieux comprendre le processus d’élaboration de cette création.

Une vingtaine de personnes (spectateurs, bénévoles mais aussi avec un groupe de lycéens) se retrouve autour de Jean Pierre Loriol pendant deux heures pour convenir ensemble d’une grille de lecture (espace, décor, costumes, univers sonore, lumières …) Le groupe assiste ensemble au spectacle puis se retrouve le lendemain pour parler pendant 2h30 de ce qu’il a vu pendant le spectacle, sans jugements. La rencontre se termine avec le comédien ou le metteur en scène pendant une heure.

Le Centre Culturel Athéna tente pour la rentrée prochaine de doubler cette proposition sur la saison pour une analyse chorale à proposer aux enseignants dans leur plan de formation en lien avec l’inspection académique, même si celle-ci a fait savoir « qu’il n’y avait plus de temps disponible pour cela, les formations se font à distance via internet sur leur temps personnel ».

– Au Carré de Château Gontier, un parcours d’une saison est proposé à un groupe de spectateurs : ce sont les archéopoètes qui se rencontrent une fois par mois, le samedi matin autour d’Anne Quentin pour « arpenter l’espace de la création, explorer l’écriture, la critique, la scène, le texte, assister à des filages, faire groupe ». Ce dispositif ne concerne pas que la marionnette car il s’appuie sur la programmation du Carré. C’est un projet ambitieux car il demande un vrai engagement. Il a concerné cette année 6 personnes. Au regard de l’expérience, le projet « les Archéos du Carré » va évoluer sous une forme plus resserrée, autour d’une thématique avec un temps de pratique avec des artistes.

Ces deux exemples reposent à la fois sur la gratuité de la prestation proposée, sur la compétence d’une personne extérieure à la structure et enfin sur l’engagement des spectateurs dans le dispositif.

Au cours de cette journée de rencontres, force est de constater que l’action culturelle s’adresse essentiellement au jeune public (mais pas que…)

Avec la question récurrente des séances scolaires, des séances familiales, des séances en soirée…

Quelque soit la formule, l’action culturelle se traduit par un encadrement soit des relais (en particulier les enseignants) soit directement des enfants.

Somme toute, on peut dire que « tous les moyens sont bons » sous la contrainte scolaire ou pas !!!

Pour certaines structures ce public représente une belle part des spectateurs :

– Le théâtre Gérard Philipe de Frouard accueille en plus des nombreuses demandes spontanées, dans le cadre du dispositif « Accès à la culture », environ 3000 scolaires par saison. Au bout du compte, sur deux ans, les enfants vont trois à quatre fois au théâtre. Le financement des places et des transports est pris en charge par la communauté de communes très impliquée dans le projet. C’est le projet fort de l’équipe du théâtre. Autour des spectacles, se développe une sensibilisation de tous les enseignants sous forme d’une formation de deux heures, prise en compte par l’inspection académique. Cette formation est assurée en interne ou par des artistes programmés.

L’objectif est d’arriver à une école du spectateur. Le temps du festival Géo Condé permet de mener une opération de sensibilisation des parents : « Garde ton billet » donne la possibilité aux enfants de revenir au spectacle le soir avec les parents bénéficiant d’un tarif solidaire de 3 €.

– Même processus à Jean Arp de Clamart : Ce sont 8000 élèves à l’année qui sont accueillis au théâtre. Chaque classe reçoit au moins une heure de sensibilisation pour la marionnette ou une autre discipline artistique suivant le spectacle choisi. Le théâtre s’appuie sur un dispositif propre au Conseil Général 93 : « Eteignez vos portables » qui prend en charge une grande partie du tarif, des sensibilisations, et des transports. Le théâtre s’appuie également sur des dispositifs Education Nationale :

– au collège, dans les classes à horaires aménagés théâtre (CHAT), la marionnette est présente à partir de la quatrième.

– au lycée, dans le cadre d’un enseignement exploratoire en théâtre, 40 heures sont dédiées aux Arts de la marionnette en seconde avec un marionnettiste.

– A l’Hectare de Vendôme, le parti pris est de ne pas faire de séances scolaires mais de faire des séances tout public. Le conventionnement marionnettes est récent et l’habitude de voir des spectacles de marionnettes contemporains est tout juste acquise. L’action culturelle se développe donc à travers les relais (enseignants, éducateurs, artistes ou spectateurs assidus). Le théâtre est missionné sur ces actions culturelles. Les journées de formation ont pour objectif de faire découvrir l’univers de la marionnette contemporaine et de travailler contre les idées préconçues. Elles accueillent une quinzaine de personnes. Elles proposent 4 modules : le visionnement d’un spectacle, une conversation sur les enjeux de la marionnette, la présentation d’outils et un temps de pratique avec les artistes du spectacle. C’est une journée entièrement conçue et financée par l’Hectare.

 

Cette sensibilisation du public passe aussi par des dispositifs plus souples mais néanmoins efficaces et nécessaires :

Les artistes sont souvent motivés pour des rencontres plus ou moins formelles avec le public, mais ils ne sont pas forcément disponibles.

Il est toujours possible d’ouvrir au public un temps de travail en recommandant aux artistes d’être véritablement sur un temps de travail et non un temps de présentation d’une étape de travail.

Il peut y avoir des échanges si, comme au Carré à Château-Gontier, ce temps de travail est suivi d’une soupe avec les artistes.

Autre dispositif mis en place au Carré : les TP, ou Travaux Publics (ou encore Tartine pâté) : une équipe artistique est accueillie pendant 5 jours sans obligation de la part du Carré d’accueillir le spectacle. La seule obligation est d’accueillir le public sur un temps de rencontres et d’échanges.

Il semble également qu’un travail auprès des établissements scolaires, en particulier du second degré soit de plus en plus difficile par le désengagement progressif de professeurs relais.

D’autre part, les journées de formation sont de plus en plus hors plan académique, donc à la charge de la structure et repose sur le bénévolat et l’investissement personnel pour les participants.

Il est souvent question d’action culturelle en milieu scolaire ou, tout au moins en direction du jeune public. Ce dernier reste la cible privilégiée car, somme toute, il est le public de demain.

Il faut signaler néanmoins des actions de sensibilisation ou de formation en direction d’autres milieux.

 – Le Théâtre Gérard Philipe de Frouard travaille aussi avec des maisons de retraite en direction d’un public âgé. C’est un public attentif et toujours friand de rencontres avec les artistes. De nombreuses séances intergénérationnelles permettent alors la rencontre des scolaires et des personnes âgées.

– Le Mouffetard a tenté de rencontrer des personnes âgées et malades dans un hôpital qui possédait une salle de spectacle. Il y a parfois de l’épuisement à vouloir à tout prix, aller dans ce type de milieu assez difficile. Le Mouffetard a aussi travaillé avec des centres sociaux (voir fiche action).

– L’Hectare a mené avec un marionnettiste un atelier avec 3 personnes handicapées lourdement. On est dans la limite de la thérapie même si on connaît les bienfaits de la marionnette dans ce domaine. Mais il faut savoir rester à sa place professionnellement.

– Au Fracas, un travail est mené dans la maison d’arrêt de Montluçon sous forme d’atelier et de présentation de petites formes.

– Il existe aussi des compagnies qui ont monté des petites formes pour aller dans les hôpitaux à destination des enfants. Mais aujourd’hui, il n’y a plus d’argent pour ce type d’action en milieu hospitalier et des associations bénévoles ont pris le relais.

– Le théâtre Jean Arp nous a fait part d’une action de formation en partenariat avec le conservatoire. Le troisième cycle de la classe théâtre a une spécialisation marionnette qui est sanctionné par un DET. (5h de marionnette, 4h d’interprétation, 4h de techniques vocales 2h théâtre et histoire du théâtre, 2h de danse sur 2 ans.) Le théâtre assure la partie école du spectateur, le conservatoire assure le côté pédagogique. L’objectif est de former 15 élèves qui peut être considéré comme un temps de préparation à l’ESNAM

 

En guise de conclusion

Cette rencontre a permis d’échanger autour des pratiques d’action culturelle et de la marionnette.

Une fiche complètera ce compte-rendu sur les parcours de formation des chargés de mission d’action culturelle.

D’ores et déjà, le collectif « Action culturelle » s’engage à se retrouver régulièrement. Un travail autour de l’évaluation et de la construction d’outils d’indicateurs de cette évaluation est à l’étude par la commission de Lattitude.

Synthèse : Patrick Boutigny

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Groupe de travail Action culturelle : Journée de rencontre du 12 juin 2015. Thème : L’évaluation

Le Mouffetard Théâtre des Arts de la Marionnette – Paris

 

Présents à cette réunion :

Jean Arp Clamart : Séverine Bouisset, Christiane Boua

L’Hectare Vendôme : Thomas Fox

Jean Vilar Ifs : Fabienne Gautier

Le Mouffetard Paris : Hélène Crampon

Le Passage Fécamp : Hélène Emery

Le Carré Château Gontier : Emilie Lebarbé

TGP Frouard : Miléna Schwarze

Théâtre de Laval : Christine Oudart

 

Animation : Sophie Descamps et Patrick Boutigny

Journée accompagnée par Florence Gamblin / flo.gamblin@gmail.com / 06 81 52 68 64

Dramaturge de formation, elle est aujourd’hui formatrice.

Trois rencontres importantes dans sa vie professionnelle :

– Avec Michel Vinaver, elle participe à l’aventure éditoriale de la collection Répliques pour Actes sud.

– Avec Armand Gatti où elle est « volontaire » sur deux expériences-spectacles : « Le chant d’amour des alphabets d’Auschwitz ».

– Avec Alain Milianti au Havre où elle l’assiste dans la dramaturgie et où elle s’investit également dans la formation à la dramaturgie et dans la médiation de la programmation théâtrale. Elle participe activement à l’action « Découverte du spectacle vivant et du milieu artistique », destinée aux « publics du champ social ». Son intérêt pour les problématiques de la réception des textes et des spectacles, de la formation et du renouvellement des publics l’entraine vers des postes de direction d’équipement ou de services culturels.

Elle intervient régulièrement, en formation initiale et continue, pour l’université ou le CNFPT, sur la médiation culturelle du théâtre ainsi qu’auprès d’élus.

 

Premier temps :  Brainstorming sur la question de l’évaluation dans l’action culturelle

 

Avant un apport théorique présenté par Florence Gamblin, un tour de table recueille les premières impressions sur ce thème de l’évaluation.

– En reconnaissance de nos pratiques, on demande toujours d’apporter des indicateurs plus quantitatifs que qualitatifs ce qui ne reflète pas l’essence même de notre métier. L’évaluation ne se lit pas simplement à travers des tableaux et des camemberts. Cette évaluation quantitative est de plus lourde avec la baisse des crédits dans ce domaine.

– L’évaluation quantitative a ses limites quand tout est quantifié de la même façon entre un élève qui visite le théâtre pendant une heure et un autre qui suit un atelier toute l’année.

– Il y a une vraie nécessité à rendre compte de notre travail et à en communiquer les fruits pour en faire reconnaître son existence et sa pertinence.

– Comment évaluer du sens, du sens critique, du vivre ensemble ?

– On nous demande une évaluation sur les résultats et jamais sur la démarche ou le processus du projet, ce qui est, de fait, le plus important.

– Sans véritable outil, on reste sur une démarche personnelle et affective. Mais l’évaluation qualitative a-t-elle besoin d’outils ? Dans notre travail de médiation entre les publics et les artistes, nous savons quand « ça marche » et « quand ça ne marche pas ». Et l’évaluation n’est pas simplement quand ce public devient spectateur. Nous restons sur une évaluation empirique.

– Les évaluations sur des actions de longue durée -quatre ou cinq ans- sont pratiquement impossibles à gérer.

– Comment évaluer le pouvoir de notre action qui est d’aider les personnes à leur construction sociale, civique et culturelle avant même d’en faire des spectateurs ?

– Peux-t-on et comment passer d’une auto-évaluation qui est personnelle, subjective et le plus honnête avec soi-même à l’évaluation que les tutelles nous demandent que nous rendons forcément positive ?

– Comment s’approprier une matière écrite ou visuelle venant des acteurs -population et artistes- dans notre démarche d’évaluation ? Et quelle évaluation faire lors des projets qui ne demandent pas de restitution ?

– Comment évaluer ce qui s’apprend en terme de sens critique, de savoir-faire mais surtout de savoir-être ?

– Comment croiser les évaluations d’autres partenaires dans le cas d’un projet mené avec d’autres professionnels du champ social ou éducatif ?

– L’évaluation est-elle simplement un outil de valorisation de notre métier dans l’action sociale ?

 

Ce premier tour de table permet de reformuler les problématiques de l’évaluation de l’action culturelle autour de :

  1. Quel sens donne-t-on à l’évaluation ?
  2. A qui s’adresse l’évaluation ?
  3. Quels sont les objectifs de l’évaluation ?
  4. Y-a-t-il différentes sortes d’évaluation ?
  5. Quels sont les limites et les dangers de l’évaluation ?
  6. Comment se détermine le rapport au temps dans l’évaluation ?
  7. Qu’est-ce qui n’est pas évaluation ?
  8. Quel lien entre l’évaluation de l’action culturelle et la communication ?
  9. Peut-on faire un sort au quantitatif et au qualitatif pour envisager d’autres formes d’évaluation et des outils pédagogiques pour les défendre ?

 

 Deuxième temps : Présentation des aspects théoriques de l’évaluation pour donner matière au corpus des différents questionnements issus d’expériences de terrain.

En référence le document de Florence Gamblin en annexe de ce compte-rendu.

Il est nécessaire de ne pas oublier que les chargés de mission sur l’action culturelle se trouvent dans le champ des services publics et qu’ils sont dans l’obligation d’évaluer une action avec ses cadres de références pour les tutelles et les élus.

L’évaluation conclut un projet qui a demandé un financement public et qu’il est légitime de l’évaluer au regard des objectifs fixés.

D’où, d’abord, avoir la capacité à se fixer des objectifs.

Les questions posées dans le brainstorming révèlent les problématiques de l’évaluation que l’on va retrouver dans le tableau ci-joint qui va servir tout au long de la journée.

En lecture rapide, cela donne :

On part de l’identification des besoins et des problèmes pour, dans un premier temps, fixer des objectifs globaux (ou finalités) qui ensuite vont déboucher sur des stratégies ou des problèmes généraux pour enfin mettre en place des objectifs opérationnels.

Grâce aux ressources, on va aller vers les réalisations que l’on va pouvoir évaluer avec la pertinence, l’utilité, l’efficacité, l’efficience, la cohérence à partir des objectifs, des ressources et des résultats.

Ce schéma dit ce que l’on peut évaluer et non pas ce que l’on doit évaluer.

 

On part donc du triptyque : objectifs, mise en œuvre, résultats.

On évalue le rapport entre le but global de l’action et les objectifs fixés avec les questions suivantes :

– Est-ce que l’action mise en place est pertinente ?

– Est- elle cohérente ? (Cohérence par exemple entre les moyens alloués et les objectifs).

– Est-elle efficiente ? (Les moyens ont permis ou pas de produire les résultats prévus et non les effets).

– Est-elle efficace ? (Quels résultats obtenus en fonction des objectifs spécifiques fixés).

– Est-elle pertinente ? (En fonction par exemple du projet global de la structure).

Deux autres aspects peuvent être évalués :

– La durabilité (est-on sur du court terme ou du long terme ?)

– La valeur ajoutée de l’action par rapport aux autres actions et aux autres missions de la structure.

Deux éléments à prendre en compte dans le contexte culturel aujourd’hui :

– Dans les moments de disettes budgétaires d’aujourd’hui l’efficience et l’efficacité sont les évaluations les plus demandées.

– D’autre part, on sait l’importance de l’action culturelle dans les établissements culturels alors qu’il y a un déficit de moyens humains et financiers pour ces actions…

 

Quatre buts principaux de l’évaluation :

Dans le cadre d’un travail mené dans le champ de l’action publique et élaboré en mode projet, avec     des processus d’amélioration continue.

– Vérifier, optimiser et assurer la qualité ;

– Préparer des décisions ;

– Apprendre (donner du sens à l’évaluation, apprendre sur notre façon de travailler, apprendre

sur les publics, particulièrement importante aujourd’hui : c’est la connaissance de ces publics mais aussi l’évolution des pratiques culturelles liée à la mondialisation et au numérique) ;

– Rendre compte.

 

Les formes d’évaluation :

  1. Avant de lancer le projet : ex ante : c’est le diagnostic préalable

C’est déjà une forme d’évaluation qui n’a pas les méthodes de l’évaluation finale.

Cela passe par une étude prospective de la faisabilité et des effets d’une action projetée (évaluation diagnostic et pronostic), pour identifier des enjeux, élaborer des stratégies et des objectifs. Cela peut aller jusqu’à un diagnostic de territoire.

  1. Pendant la réalisation du projet : in itineris (ou formative)

C’est l’évaluation qui se pratique, chemin faisant.

Elle porte sur l’analyse des processus, l’utilisation des ressources. Elle dépasse le comité de pilotage pour toujours tirer des leçons et apprendre comment on travaille et comment on produit l’action culturelle.

  1. Une fois le projet réalisé : sommative et ex post

C’est l’appréciation des réalisations, des résultats et des impacts de l’action au regard des objectifs initiaux (évaluation analytique). Elle sert généralement à rendre compte.

C’est l’évaluation sommative qui porte sur les résultats immédiats.

 A chaque niveau on apprend des choses différentes.

Le cycle d’un projet :

Comment intègre-t-on l’évaluation dans un cycle de projet composé de trois phases ?

            Phase 1 : Conception élaboration du projet

On s’appuie sur l’outil d’évaluation ex ante avec les diagnostics, les états des lieux ou sur l’évaluation d’un projet précédent. C’est aussi planifier, organiser et budgéter le projet culturel en y intégrant l’évaluation.

            Phase 2 : Mise en œuvre du projet qui va jusqu’à la réalisation

L’évaluation étant une constance du travail c’est une évaluation in itineris et formative qui se met en place pour suivre, corriger et adapter.

            Phase 3 : Clôture du projet et son évaluation.

Collecter les données en prenant en compte les deux temps de l’évaluation : la collecte des données quantitatives et qualitatives que l’on peut appeler bilan et qui deviendra évaluation quand ces données seront analysées et commentées.

L’évaluation sommative en quatre questions :

– Qu’a-t-on fait ?

On regarde les réalisations.

            – Fallait-il le faire ?

On se pose la question de la pertinence.

            – A-t-on bien fait ?

Méthodologie, efficience et efficacité sont en jeu.

            – Comment faire mieux ?

C’est une question qui englobe les autres questions.

 

Cela dit,

– Toutes les actions ne sont pas toujours évaluées pour des raisons de temps, de moyens, d’opportunité, de compétences.

– Les évaluations obligatoires sont celles que l’on nous demandent et qui sont de fait assez pauvres : c’est souvent une évaluation comptable que l’on sait tous faire.

 

Les objectifs opérationnels :

Un objectif opérationnel est un énoncé de mesures qui décrit ce que vous devez faire pour réaliser votre objectif général. Il se formule généralement en termes de résultat attendu, d’action à mener. C’est un objectif qui doit être :

– Spécifique (En fonction du projet de la structure, du territoire et des missions de l’action culturelle) ;

– Mesurable (Etre en capacité de l’observer, même si on sait que tout n’est pas mesurable) ;

– Acceptable (Par rapport à qui on va s’adresser) ;

– Réaliste (En fonctions des ressources de la structure, du partenariat …) ;

– Temporellement défini (Pour éviter que l’évaluation prenne le pas sur le projet lui-même) ;

– Écologique (Prendre en compte le développement durable).

 

La question des critères et des indicateurs :

Les critères vont servir à répondre à la question «  l’action a-t-elle réussie ou pas ? »

Sur quoi on se base sachant aussi qu’une perception humaine et professionnelle aguerrie peut être un critère recevable.

– Pertinence, efficacité, efficience sont des critères possibles.

– Autres critères spécifiques au milieu culturel.

. Si la base de l’action culturelle est la rencontre avec l’œuvre, il faudra évaluer en quoi les actions ont respecté l’objectif : voir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché, le formaliser, le transformer en outils.

. Dans certains cas, des normes et des critères d’évaluation sont imposés dans le cadre de dispositifs institutionnels. (Par exemple dans le partenariat avec l’Education Nationale).

. Aspects liés à la transversalité et à l’interdisciplinarité.

 

L’évaluation à travers la spécificité des métiers culturels :

– Valeur artistique d’une proposition

C’est ce qui touche à l’exigence, aux progrès individuels et collectifs en matière artistique, à la technicité alliée à la capacité d’expression, à la maîtrise pratique d’un style, d’un instrument, à la

« qualité » intrinsèque du « produit » réalisé. Bref ce qui touche la maîtrise de son art.

C’est la manière qui manifeste un goût, une recherche, un sens esthétique, un point de vue sur le monde.

C’est notre responsabilité d’expert d’être en capacité d’évaluer en essayant d’être le plus objectif possible.

D’où l’intérêt de voir comment on peut évaluer un spectacle ?

 

– Valeur sociale d’une proposition 

C’est ce qui touche à la prise en compte de l’autre, aux relations entre les individus (artistes entre eux, artistes avec le public, relations entre les spectateurs, vie de groupe, échange, convivialité…). La valeur sociale aide à se situer, s’orienter, construire son cheminement et favorise la recherche de lien et de sens dans la proximité à l’autre (groupes sociaux, personnes, familles, cultures communautaires, différences…). C’est la capacité de la proposition à générer un dialogue interpersonnel et interculturel. Elle mesure des interactions, de la convivialité, des liens créés.

Exemple : Comment on évalue un projet avec un artiste qui a une proposition artistique extraordinaire mais qui a des difficultés à communiquer sur son œuvre parce que la valeur sociale n’y est pas.

L’action culturelle travaillant dans le cadre de la démocratisation culturelle nous oblige à être sur une notion de partage et de réduction des écarts.

 

– Valeur cognitive d’une proposition 

C’est ce qui touche aux connaissances acquises au cours de l’action (culture, compréhension des œuvres, « intelligence » de ce l’on fait ou écoute…).

L’action culturelle se distingue de l’enseignement mais on peut revendiquer et identifier des types de connaissances non scolaires : des savoir-faire, des outils de développement et de découverte…

De par les évaluations sociales, on sait que la culture est un levier d’insertion.

 

– Valeur émotionnelle d’une proposition 

C’est ce qui touche à la motivation immédiate, à l’émotion plus ou moins ressentie, à

l’enthousiasme, au rejet…

On est dans les ressentis : l’observation par exemple d’un rejet, d’une action par les acteurs ou un public qui masque son émotion.

Cette observation peut relever d’une étude scientifique faite par des sociologues.

 

Autres notions propres à la spécificité du champ culturel :

– Des critères liés à la transversalité

Ils sont liés à des fonctions au sein d’une structure ou d’un territoire (dans le cadre d’un partenariat) : sur les thèmes suivants : création, diffusion, conservation, recherche, formation, médiation, communication …

Quand plusieurs fonctions sont mises en œuvre sur un projet, on augmente :

– la transversalité de l’action ;

– la profondeur de l’offre ou du projet.

Plus il y a de fonctions représentées dans une action, plus elle s’enrichit et met en valeur le projet.

Remarque :

La prise en compte de toutes ces dimensions peut, sous l’impulsion d’autres acteurs, amener l’action culturelle à déborder son champ d’investigation parce qu’elle est sollicitée sur le vivre ensemble, sur la lutte contre l’exclusion, ou encore sur le champ éducatif parce que la culture est aujourd’hui inscrite dans les enseignements de l’école.

Il ne faut pas oublier que les partenaires d’un projet ne partent pas tous de l’artistique.

 

– Des critères liés à l’interdisciplinarité

La marionnette peut traverser divers champs culturels et artistiques, tels que la musique, la danse, le théâtre, les arts plastiques, la lecture publique, les arts de la rue et de la piste…

Quand plusieurs domaines sont représentés dans un même projet, on augmente :

– l’interdisciplinarité du projet ;-

– la largeur de l’offre ou du projet.

La largeur et la profondeur de l’offre agissent sur la motivation, la sensibilité, les centres d’intérêt, la mixité des publics.

 

Des critères aux indicateurs :

Un critère doit toujours être mesuré et la mesure est l’indicateur.

– La fonction des indicateurs est de mesurer les critères d’évaluation du projet (en nombre de personnes, d’actions, en euros) ou qualifier leur réalisation (en termes observables, oui ou non tel résultat a-t-il été atteint).

– Pour chaque critère, l’indicateur fixé constitue une sorte de barre à franchir/atteindre ou un devoir. Il indique la mesure de la satisfaction du critère. Un critère retenu peut être la fréquentation et un indicateur de réussite, X personnes présentes.

– On peut même fixer plusieurs indicateurs sur par exemple, la quantité de spectateurs et leur composition sociologique.

 

Les types d’indicateurs :

Le critère est ce que je retiens et l’indicateur, la donnée ou la mesure.

Dans l’évaluation sommative, il y a des indicateurs en fonction de ce que l’on veut analyser : soit on s’intéresse à ce qui a été réalisé, ou ce qui a été produit comme effet ou encore à des effets sur le long terme.

Soit on s’intéresse à ce que j’ai réalisé, soit à ce que j’ai produit comme effet, soit aux conséquences à plus long terme. (Augmentation des abonnés, du nombre de spectateurs, du nombre d’écoles de spectateurs mises en place etc…)

 

La difficulté est de paramétrer les indicateurs avec :

– des paramètres qualitatifs : clarté, pertinence, cohérence, originalité, précision, variété, conformité, richesse, diversité… : la clarté du propos d’un conférencier, son respect du temps imparti, l’aspect social de son propos peuvent être des critères qualitatifs) ;

– des paramètres quantitatifs : fréquentation, fréquence, pourcentages, totaux, moyennes, échelles, mesures d’intensité (à relier à la logique d’enquête)…Ce sont souvent des outils très simples comme des micro-enquêtes avant ou après une action ;

– des paramètres descriptifs : présence ou non de certains éléments typiques, comportements, réactions, progrès points forts et points faibles, reprise de certains objectifs…

 

  Questions / Réponses :

– Comment lister nos objectifs à partir de cet apport théorique ?

Il faut d’abord définir les objectifs sur lesquels on est financé et dont on aura à rendre des comptes par l’évaluation en fonction des objectifs de ce financeur.

C’est une évaluation contractuelle avec, souvent, une grille d’analyse. On peut même imaginer à partir de cet « objet  » contractuel, une stratégie d’actions en prenant garde à un effet boomerang.

Mais sur une même action, on peut avoir ses propres objets d’évaluation qui n’ont rien à voir avec ceux des financeurs. La difficulté est de gérer les deux.

En d’autres termes, cette autre évaluation va servir à quoi et à qui ?

Sur, par exemple, une action où l’évaluation quantitative est bonne, on peut sentir un malaise ou un problème : c’est sa propre évaluation qui va permettre de le résoudre ou de l’enrayer.

– Est-ce qu’on doit rentrer dans tous les labels proposés genre « culture à l’hôpital » ou « culture justice » – labels qui changent d’appellation et de textes officiels d’une année sur l’autre – qui sont très chronophages, même si ce type de population est intéressante ?

La question est de savoir si ce type de programme entre dans les objectifs de la structure où si c’est simplement pour « grappiller » trois sous.

Normalement c’est en fonction de ses propres objectifs que l’on va chercher les moyens de les réaliser.

Aujourd’hui on travaille à l’envers : les priorités des financeurs ne sont pas souvent celles d’une structure sur un territoire et peuvent même les empêcher de travailler sur des enjeux réels et repérés. Tout le monde reconnaît l’importance de l’action culturelle mais elle est souvent sans moyens véritables et souvent aussi placés au mauvais endroit.

Aujourd’hui, la priorité du budget d’une structure va sur la diffusion et tout ce qui est sur la recherche, expérimentation, réception et appropriation est à budget minima (voir les travaux de Philippe Henry).

– Quand on parle d’interculturalité, on réfléchit souvent sur des valeurs plus sociales que culturelles et encore moins artistiques. Il y a un glissement du travail de l’action culturelle et on est toujours à redresser le navire.

La clarification des objectifs est très importante. On prend souvent la question de l’interculturalité au mauvais endroit : on doit la prendre à partir des œuvres et non pas à la place où se trouve des œuvres.

Et pour le coup, l’évaluation peut servir : Qu’est-ce qu’on fait, pour qui, pour produire quoi et à partir de quoi ?

Enfin, force est de constater qu’on lutte à contre courant : toute la politique culturelle s’est construite à partir de l’équipement, de la structure : or avec la mondialisation, et le numérique, des gens peuvent avoir des pratiques culturelles et artistiques sans sortir de chez eux et même, viennent aux pratiques nomades avec le Smartphone.

 

Troisième temps : Deux groupes de travail sont formés pour réfléchir à leurs pratiques professionnelles afin de s’approprier le plus d’éléments théoriques explicités pendant la première partie de la journée.

Ou, comment reformuler des acquis théoriques à travers du vécu.

Premier groupe

   – Champ de réflexion :

– Comment on évalue une production ou une restitution d’une action culturelle comme une sortie d’atelier avec des amateurs sur sa valeur artistique mais aussi sociale, culturelle, cognitive ?

– Comment préciser les objectifs de l’action pour les rendre mesurables dans le cadre d’une évaluation sommative du résultat, des effets et pourquoi pas des impacts : quels critères et quels indicateurs ?

 – Eléments de réflexion :

On s’aperçoit très vite que le travail pour préciser les objectifs est très long mais très important. Qui plus est, dès qu’on entre sur un travail de fond dans l’évaluation, on est obligé d’abord de faire un travail sur le vocabulaire. C’est le premier temps surtout lorsque l’action est partenariale.

D’où la nécessité de se mettre d’accord sur des objectifs explicites qui ont le même sens pour tout le monde et donc qui peuvent être partagés.

La dynamique du projet doit d’abord définir :

– Le sens du projet et sa philosophie. C’est la question des valeurs pour alimenter la stratégie générale ;

– L’objectif général qui va produire des effets ;

– Les objectifs opérationnels sont les actions précises qui sont les plus mesurables (un spectacle concerne X personnes, est répété X fois, et encadré par X d’artistes) ;

– Il peut y avoir des objectifs spécifiques à un projet particulier (si par exemple on veut toucher un public particulier).

En mode projet, on s’appuie sur un diagnostic, sur un territoire et ou sur des actions menées :

on identifie des enjeux. On les combine avec des enjeux politiques (mission de l’équipement culturel, priorité du moment), les valeurs professionnels et personnelles des acteurs du projet, les éléments contextuels, les ressources à disposition et le cadre juridique.

Cette combinaison multiple donne le sens philosophique du projet et sa finalité.

Ex : Affirmer la marionnette sur le territoire.

L’objectif général du projet doit combiner 3 questions autour :

– De l’objectif artistique : Qu’est qu’on veut pour l’art, la création, (affirmer la place de la marionnette) ?

– De l’objectif culturel : Qu’est-ce qu’on veut pour l’homme et le citoyen (développer le sens critique) ?

– De l’objectif professionnel : Qu’est-ce que je veux pour mon secteur, et mon territoire ?.

Objectifs stratégiques.

Ces objectifs sont toujours existants dans nos objectifs globaux (favoriser la mixité et les rencontres des populations, développer une pratique artistique, éprouver le processus de création) mais il faut les faire apparaître.

Plusieurs actions aux objectifs opérationnels vont concourir à mener à bien cet objectif général. (Travail entre amateurs et artistes, école du spectateur, atelier de pratiques artistiques…)

 Les écueils :

– Ne pas se donner trop d’objectifs : Plus on a d’objectifs plus on de chances de ne pas les atteindre.

– Ne pas concevoir une évaluation sans travailler les objectifs.

 

 

A partir de nos objectifs :

– Faire éprouver le processus de création ;

– Favoriser la mixité et la rencontre avec des populations ;

– Initier une rencontre avec un artiste et un territoire ;

– Développer une pratique artistique.

Les critères que l’on peut évaluer pour savoir si l’action a réussi ou pas :

Deux critères par exemple :

– L’assiduité : C’est la capacité à se lancer dans l’action et d’aller jusqu’au bout.

– La connaissance : C’est partir du ressenti initial (avec un questionnaire, un interview, un atelier d’écriture) et de le comparer au ressenti final pour voir comment les gens ont compris le processus et comment ils se sont enrichis en terme de connaissance.

 

Deuxième groupe

   – Champ de réflexion :

Comment mieux connaître les populations et les publics sur un territoire ? Quels objectifs on se donne ?

Quand on remplace public par population, dans quelle position on est pour reformuler les objectifs de notre structure et les objectifs d’action culturelle ?

Quels outils mettre en place pour développer la connaissance de ces populations et imaginer des rencontres dans le cadre des missions de la structure culturelle ?

Comment évaluer ces dites rencontres dans le cadre d’une évaluation diagnostic ?.

 

   – Eléments de réflexion :

Quels sont les éléments constitutifs d’une population en vu d’en faire un public ?

A-t-on suffisamment pris en compte la connaissance des gens à qui on va s’adresser ?

Comment améliorer cette connaissance avec le diagnostic des territoires, des besoins et des enjeux ?

 

  • Ce que l’on sait d’une population :

Exemple : sa composition avec répartition des âges : qu’est-ce qu’on peut faire en fonction des âges ? Ex : qu’est-ce qu’on connait des personnes âgées en général et des personnes âgées du territoire ? Comment enrichir cette connaissance ?

En travaillant sur les valeurs artistiques, cognitives, sociales de la population en croisant les données sociologiques, les enquêtes faites sur le territoire, on détermine les capacités des personnes à recevoir nos propositions. D’où :

– S’approprier les connaissances du territoire à évaluer à travers les données Insee, les diagnostics des contrats de ville, les études des relais et le travail des collègues partenaires dans d’autres structures culturelles sur le territoire.

– Avoir un regard critique sur nos sources de connaissance de ces publics potentiels.

– Etre attentifs aux nouveaux arrivants, ou sur un territoire touristique prendre en compte une population saisonnière.

 

  • Ce que l’on sait de leurs pratiques :

Doit-on conforter les gens dans leur pratique ou au contraire, les ouvrir sur d’autres pratiques ?

 

  • Ce que l’on sait de leur mode de vie :

C’est la question de la mobilité et des circuits (surtout en milieu rural) et des déplacements, de leurs disponibilités.

 

  • Ce que l’on sait du territoire :

Le territoire du projet correspond-il au territoire administratif ?

 

  • Ce que l’on connaît des publics

– Les occasionnels (pratique rare – objet de divertissement) ;

– Les avertis (répond à une information – objet de curiosité dans le cadre par exemple d’une journée portes ouvertes) ;

– Les impliqués (pratique fréquente et régulière – objet de délectation, de formation sensible par exemple à l’école du spectateur) ;

– Les responsables (pratique dans une démarche responsable).

 

Un état des lieux des actions est mené pour savoir quelles actions s’adressent à tel ou tel public.

 

Conclusion toute provisoire…

 

– L’évaluation peut faire appel à une certaine part de créativité ce n’est pas simplement que des tableaux à remplir. C’est une contrainte qui peut devenir source de création. Evaluer aussi pour se faire plaisir et développer une culture de l’évaluation.

 

– C’est aussi un moyen d’apprendre et de questionner son action surtout pour soi-même et ensuite à partager.